« 23 juin 1847 » [source : MVH, α 7928], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3743, page consultée le 05 mai 2026.
23 juin [1847], mercredi matin, 8 h. ½
Bonjour, profond scélérat, bonjour, je ne te prêterai pas mon parapluie. Le robinson1 est assez bon pour un pair de France qui fait métier de
séduction. Nous verrons si l’imagination des femmes, qui font des toilettes exprès
pour se faire mettre à la porte des délibérations secrètes, tiendra contre la vue
de
ce phénomène de l’industrie nationale. Quant à moi, je me mettrai à couvert de tous
les ridicules et de tous vos sarcasmes sous mon délicieux petit parapluie vert. Attrapéa ! Nous verrons celui de nous deux
qui bisquera le moins.
Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui MONSIEUR ?
Avez-vous séance à la Chambre et pourrez-vous me dire à une heure près quand vous
en
sortirez ? Je ne sais pas encore sur quel pied je pourrai aller vous chercher, mais
je
sais que j’en ai bien envie et que je serai bien malheureuse si je ne le peux pas.
Je
t’ai vu un quart d’heure hier dans toute la journée et vraiment ce n’est pas assez
même avec la plus grande résignation. Et puisque tu ne peux pas prendre davantage
de
temps sur tes nombreuses et impérieuses occupations, il faut bien que je tâche de
mon
côté de m’en donner un peu plus, n’importe à quel prix.
Juliette
1 Selon le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse, vaste parapluie dont le nom fait allusion à celui que portait Robinson Crusoé.
a « Attrappé ».
« 23 juin 1847 » [source : MVH, α 7929], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3743, page consultée le 05 mai 2026.
23 juin [1847], mercredi midi
Le soleil luit dans ce moment-ci mais combien cela durera-t-il ? Je ne m’en
inquiéterais guère si j’avais un pied comme tout le monde, mais la pensée de mettre
un
brodequin en cuir me donne des élancements jusque dans la hanche. Tout cela ne m’a
pas
empêchée de faire affranchir la lettre de votre faiseur de
corset. Seulement prenez garde de vous piquer dans la rue avec
[des] orties car d’avance je vous réponds qu’il vous en CUIRAIT.
Cet avertissement une fois donné, et l’affreux penchant des calemboursa une fois satisfait, je reprends
mon sérieux et je vous demande à quelle heure je pourrai aller vous attendre à
Saint-Sulpice, car je tiens à y aller comme un chien sur mes quatre pattes.
Je
voudrais bien savoir aussi quand vous comptez me donner à copier. Ce pauvre Jean
Tréjean me paraît bien délaissé, mais moi j’y pense tous les jours et je ne demande
qu’à lui tenir compagnie et à passer mes journées avec lui. Pour cela il me faut votre
permission et ce n’est pas peu de chose à obtenir. J’en sais quelque chose depuis
le
temps que j’y travaille sans succès. Si tu étais bien gentil, mon Toto, tu te
dépêcherais de me mettre en tête à tête avec ce pauvre galérien que j’aime tant.
Juliette
a « calimbourgs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
